Les Pratiques Collectives Distribuées : une approche conjointe informatique, sociologique et économique

Yves Lhuillier

yves.lhuillier @ lri.fr

26 avril 2004


Table des matières


Introduction

Les pratiques collectives distribuées (PCDs), informatiques et économiques, ont connu un essor très prononcé surtout les dix dernières années. Cet essor tardif, alors que ces PCDs étaient étudiés depuis les années soixantes [9], est fortement lié à celui des moyens de communications (Internet et téléphonie). Ces outils de communications réhaussent la place de l'individu au sein d'un collectif. Ainsi, les principaux collectifs distribués depuis la production de logiciel jusqu'à la gestion des transports en passant par la gestion du savoir sont majoritairement organisés autour d'Internet. L'étude de ces collectifs émergents et souvent auto-organisés relève autant de l'informatique distribuée que des secteurs économique et social.


Les tendances

Les pratiques collectives distribuées (PCDs) sont le sujet de deux problématiques :


La compréhension des PCDs

L'étude des collectifs distribués est un acte multi-disciplinaire par essence. Un collectif distribué au sens large implique un réseau d'agents (personne morale, ou physique et/ou automates) animés par un but commun : échanger, produire, innover. Les sciences utiles à la compréhension de ces systèmes sont aussi bien l'informatique que l'économie et la sociologie. Un exemple intéressant d'étude de PCD est celle des collectifs Open Source décrit dans la littérature selon l'axe informatique et sociologique [4] d'une part et selon l'axe économique et sociologique [10] d'autre part.

Les deux conférences PCD et IDCP (LIMSI et UCSD), ont devancé la tendance en réunissant des chercheurs du secteur informatique mais aussi sociologique, économique et management où même politique.

PCD 2000
[I]DCP 2002
[I]DCP 2002 (colloque)
[I]DCP 2002 (proceeding)

Évolution des PCDs. En informatique, l'évènement le plus marquant annonçant le début de ces pratiques collectives est très certainement l'avènement du projet Open Source Linux, démarré en 1991 par le finlandais Linus Torvalds [11]. Ce projet est devenu à l'heure actuelle le plus vaste projet Open Source existant. Linux et l'open source font l'objet de nombreuses études car ils fascinent autant par leur francs succès que par la taille des groupes qui les constituent. Les économistes, en particulier, sont très attirés par le sujet [10,7,8], car certaines études économiques des années 60, pensait que de tels collectifs n'étaient pas envisageables. Ainsi Mancur Olson dans ``The logic of Collective Action''[9], révèle que les collectifs doivent faire face au problème de la représentation de l'individu au sein du groupe. Celle-ci devient impossible pour des collectifs trop vastes, ce qui amène Marwell et Oliver à parler de masse critique en matière d'actions collectives [3].

La difficulté de passage à l'échelle des collectifs distribués est un problème de communication. Ce problème bien connu en informatique distribuée provient de la quantité d'informations qu'un réseau d'agents doit faire circuler. En fait, si on s'attarde sur l'histoire des communications et transports, chaque grande avancée en matière de transfert d'informations ou de marchandises a réduit les distances entre les acteurs et ainsi permit l'émergence de nouveaux collectifs. Ainsi l'amélioration des communications pourrait même avoir un impact politique: les prises de décisions peuvent devenir plus locales et plus atomiques comme le démontre Godefroy Beauvallet dans An actor's views on distributed collective practices in the political arena.. Ainsi, ce ne sont pas tant les collectifs qui changent, mais leurs pratiques. Le changement d'échelle induit par les nouveaux modes de communication a fait passer de nombreux collectifs d'un modèle hiérarchique de commandement à un modèle distribué.

En fait, l'amélioration des communications ouvre un vaste champ d'investigation concernant les collectifs distribués. Dans Self-organisation: The Reduction of Complexity Günter Küppers explique que la forme que prend un collectif social est fortement liée au schéma de communication entre individus. Ainsi, les interactions de plus en plus fortes entre les agents économiques politiques et sociaux permettent de prétendre à l'élaboration de nouveaux systèmes auto-organiser. Le projet européen SEIN (Simulating Self-Organized Innovation Network) c'est bâtit autour de l'étude de telles pratiques collectives distribuées auto-organisées.

Les PCDs auto-organisées

Les collectifs auto-organisés se répandent sur Internet, ainsi on trouve des groupes qui se forment et s'organisent de manière complètement distribuée. Ces collectifs ainsi que leurs médias sont en perpétuelle évolution car l'un des travaux du collectif est d'améliorer le substrat qui le porte [6].

Gestion Distribuée du Savoir (Distributed Knowledge Management). La gestion distribuée du savoir est une pratique collective dans laquelle le collectif est la fois le sujet et l'objet de l'activité pratiquée. Les agents du réseau communiquent et transmettent leur savoir à travers un journal électronique régulièrement mis à jour :

Destination KM
Guerilla KM

Un projet encore plus distribué et évolutif est le projet Wiki de Denham Grey. L'organisation des données est elle-même soumise à la contribution du collectif. Ici, chaque individu du collectif modifie non seulement le contenu de la base de donnée, mais aussi son organisation.

Wiki

Les PCDs sociales: application à l'humain.

Le projet Microsoft Wallop

L'un des travaux récents les plus intéressant en matière de Pratiques Collectives Distribuées est le projet Wallops du Social Computing Group de Microsoft.

Ce projet renommé ``Friendster''  par la communauté des Internautes est une passerelle peer-to-peer de communication entre internautes (Fig 1). Elle est à la fois une base de donnée distribuée où les utilisateurs peuvent partager des données, des images, ou des films. De plus, cette passerelle constitue un ``monde virtuel'' que les utilisateurs peuvent remodeler à leur guise.

Figure 1: L'interface Blog de Wallop
\includegraphics[height=5.2cm]{wallopblog.eps}

Le ``Social Computing Group'' développe beaucoup d'outils autour des communauté peer-to-peer. Cette activité à non seulement pour but d'améliorer l'efficacité des collectifs distribués, mais aussi de les étudier, comme en témoigne la variété des papiers exposés sur la page du groupe :

Le projet IBM Bable

Le Social Computing Group d'IBM s'est lui aussi lancé dans une recherche relativement similaire. Les projets Babble puis Loops visent au développement d'un outil peer-to-peer pour l'aide à la conversation et à la prise de décision dans les collectifs distribués. Ces outils sont basés sur l'utilisation de ``proxy-sociaux'' utilisées pour donner un image claire des personnes en présence dans la communication, mais aussi de leur rôle et leur contribution au collectif.

L'avenir du ``Social Computing''

Comme mentionné dans la Section 2.1, l'amélioration des techniques de communications est source de nouvelles pratiques collectives distribuées. L'étude sociale des collectifs distribués est actuellement une priorité affichée par de nombreux organismes de recherche Microsoft et IBM.

En revanche, les conférences en matière de ``Social Computing'' peine à s'imposer comme en témoigne l'annulation de Internationnal Conference on Social Computing 2001. L'année 2004 propose cependant une relance: International Conference on Information Technology: Coding and Computing dont le sujet est certes plus vaste puisqu'il s'agit des technologie de l'information mais dont le ``call for papers'' inclut des papiers concernant le Social Computing.

Bibliographie

1
S. Farnham, L. Cheng, L. Stone, M. Zaner-Godseyand, C. Hibbeln, K. Syrjala, A. Clark, , and J. Abrams.
Hutchworld: Clinical study of computer-mediated social support for cancer patients and their caregivers.
Proceedings of CHI 2002, april 2002.

2
S. Farnham, H. Chesley, D. McGhee, and R. Kawal.
Structured on-line interactions: Improving the decision-making of small discussion groups.
Proceedings of CSCW 2000, 2000.

3
P. Oliver G. Marwell.
The Critical Mass in Collective Action: a micro-social Theory.
Cambridge University Press, 1993.

4
Les Gasser and Gabriel Ripoche.
Distributed collective practices and f/oss problem management: Perspective and methods.
Conference on Cooperation, Innovation and technology, 2003.

5
P. Kollock and M. Smith.
What do people do in virtual worlds? an anlalysis of v-chat log file data.
Technical report, University of California, Los Angeles, 1998.

6
Raj Kumar.
An autonomous perpetual mechanism for collective kwnowledge work that redifines knowledge management.
Knowledge Management Practice, 2003.

7
K. Lakhani and E. von Hippel.
How open source software works: ``free'' user-to-user assistance.
Technical Report WP4117, MIT Sloan School of Management, 2000.

8
J. Lerner and J. Tirole.
The simple economics of open source.
Technical Report WP7600, Harvard University, 2000.

9
M. Olson.
The logic of Collective Action.
Harvard University Press, 1967.

10
Eric von Hippel and Georg von Krogh.
Open source software and the ``private collective'' innovation model: Issues for organization science.
Organization Science, 14(2), april 2003.

11
Y. Wayner.
Free for all.
Harper Business, 2000.



Yves Lhuillier 2004-04-26