Agents et Ambiant

Sommaire

  1. L'ambiant computing
  2. Le rôle de l'apprentissage
  3. Agents Ambiants
    1. Architectures et technologies : Ubiquitous Computing
    2. Communications inter-agents : Ubiquitous Communications
    3. Interfaces utilisateurs : Intelligent User Interface
  4. Bibliographie

L'ambiant Computing

Aujourd'hui, nous envisageons l'informatique comme une activité personnelle, dans laquelle une personne interagit avec un ordinateur. Or, ce paradigme force l'utilisateur à se focaliser entièrement et totalement sur une machine et lui demande une connaissance pratique de son fonctionnement.

L'Ambiant Intelligence, ou Ubiquitous Computing, envisage l'informatique d'un point de vue différent : le monde est alors composé de personnes entourées d'agents intelligents et d'usage intuitif, cachés dans les objets courants. Ces agents reconnaissent leurs utilisateurs et réagissent à leur présence, ainsi qu'à leur comportement, d'une manière personnalisée et pertinente. Cette vision future, mais pas si futuriste, des systèmes multi-agents, et plus généralement de l'informatique, implique un changement de conception de l'ordinateur.


'In the past, shoes could stink.
In the present, shoes can blink.
In the future, shoes will think.'

groupe Things That Thinks du MIT.

Ces agents doivent être conçus pour être invisibles, au sens où leurs fonctions doivent être immédiatement apparentes et intuitives, et ne doivent pas nécessiter de connaissances préalables. D'élément central dans l'espace et dans l'attention de l'utilisateur, l'ordinateur devient de multiples agents invisibles, distribués, omniprésents, dont l'utilisation n'est plus consciente. Il n'y a plus besoin de savoir comment l'utiliser mais simplement de formuler sa demande. L'informatique doit ainsi devenir non plus un focus mais un véritable outil.

Le terme "ubiquitous" peut se traduire par "omniprésent" ou "polyvalent". Il véhicule la notion de systèmes multi-agents diffus, répartis, impliqués dans notre vie courante, et accessibles n'importe où. Si l'on parle d'ubiquitous intelligence, cela implique également un comportement adapté aux besoins de l'utilisateur et sensible au contexte. Dans le contexte de l'ubiquitous intelligence, les systèmes multi-agents doivent savoir se montrer discrets et apporter, non plus de l'information brute, mais du sens. Ceci nécessite de repenser l'informatique pour concevoir des systèmes qui proposent proactivement des informations et des services adaptés aux besoins courants de leur utilisateur. On peut y voir une façon de gérer la surcharge d'information souvent trop courante dans notre environnement. Les agents ambiants pourraient en effet nous rappeler des informations, en évitant d'être trop intrusifs : c'est le concept de "Calm Technology", qui verrait par exemple les voitures nous prévenir lorsqu'approche leur date de vidange, les réfrigérateurs faire les courses sur internet... Il est possible de voir un parallèle entre cette vision de l'informatique omniprésente et la place de l'écriture dans la vie courante : elle ne surcharge pas notre environnement alors même qu'elle est présente absolument partout, de nos vêtements jusqu'aux publicités affichées sur les immeubles.

Cette approche des systèmes multi-agents a été formalisée et développée par Mark Weiser, qui parle d'ubiquitous computing dès 1988. Il est l'auteur de nombreux concepts en systèmes multi-agents ambiants. Ses travaux partent de la remarque que les outils les plus adéquats sont ceux qui nécessitent le moins d'attention de la part de l'utilisateur. Mark Weiser, dans les années 90, a proposé des outils en adéquation avec la technologie existante : des "Tabs" ou sorte de post-it numériques, des "Pads" qui sont des conversions électroniques des blocs de feuilles et des "Boards" qui sont des tableaux blancs informatisés pour travail en groupe (utilisés aujourd'hui).

'Our computers should be like an invisible foundation that is quickly forgotten
but always with us, and effortlessly used throughout our lives.'

Mark Weiser.

Les agents ambiants incarnent une vision du possible devenir de l'informatique et ils suscitent un intérêt toujours croissant dans la communauté scientifique, aussi bien en recherche universitaire que dans les grandes entreprises technologiques. Les systèmes multi-agents ambiants sont à un carrefour interdisciplinaire, que ce soit d'un point de vue technologique ou d'un point de vue scientifique. L'ambiant intelligence nécessite en effet d'intégrer en permanence des technologies de pointe pour concevoir des agents centrés sur les utilisateurs, en vue d'une large commercialisation. Mais l'interdisciplinarité se retrouve aussi au niveau de la recherche : entre électronique, informatique, philosophie, sociologie et psychologie, les agents ambiants nécessitent la mise en oeuvre de plusieurs types de compétences différentes.

Le rôle de l'apprentissage

L'ambiant intelligence n'est pas une tâche facile, même si les technologies offrent des possibilités très vite intégrées dans les idées des projets scientifiques, comme le prouvent  les démonstrations d'environnement intelligent. Cependant, donner des capacités de calcul et de communication à une poignée de porte ne la rend pas pour autant intelligente : la clé (et le défi futur) pour ajouter réellement de l'esprit dans les agents ambiants réside dans la façon dont ils vont être capables d'apprendre et de rester en adéquation avec les besoins de l'utilisateur. Ces agents doivent donc fonctionner correctement à chaque fois et sans avoir besoin d'apprentissages ennuyeux, de mises à jour, ou de maintenance : s'il est acceptable de leur faire apprendre une première fois leur environnement, leur montrer constamment les variations très fréquentes d'objets, d'occupants ou de préférences de l'environnement ne l'est pas. C'est donc plus une machine d'apprentissage qu'un machine intelligente qu'il faudrait développer.

Cette différence de point de vue est importante : elle distingue le paradigme des systèmes multi-agents enfouis par rapport à celui des sciences cognitives. Ces dernières ne sont en effet pas si éloignées d'un certain point de vue dans les réalisations et les applications : elles explorent la fonction d'apprentissage, les bases de connaissances. Cependant elles se définissent par rapport à l'humain comme sciences de l'exploration des mécanismes de l'esprit, de la cognition, alors que les agents ambiants sont aussi centrés sur l'humain mais ont une position externe, un point de vue exogène. En quelque sorte, les sciences cognitives tentent de répliquer la pensée humaine alors que les agents ambiants tentent de la tromper, de lui donner l'illusion de la compréhension.

Pour être capable de s'adapter en temps réel, de réagir à leurs observations ou aux comportements observés, ce type de systèmes multi-agents peut mettre en oeuvre toutes les techniques d'apprentissage citées dans l'introduction :

C'est une vision de l'apprentissage qui ne cherche pas à résoudre un problème AI-complet mais bien à être performante, avec un fonctionnement opaque pour l'utilisateur.

Une thématique de recherche importante dans le domaine des agents ambiants consiste à réaliser un apprentissage distribué avec la possibilité de le mettre en commun. Dans le domaine de l'accès à l'information, il faut pouvoir proposer une personnalisation pour l'utilisateur et les applications. L'idée est de pouvoir accéder à ses propres bases de connaissances, celles de ses amis ou collègues et celles publiées sur internet. Cette problématique est décomposable en problèmes plus spécifiques comme la représentation, l'acquisition et l'accès automatiques aux données. Dans le prolongement de ces idées de bases de connaissances générales et partagées, plusieurs projets ont été développés : le Cog Project de Brooks, le CYC, qui se donne pour objectif de regrouper les connaissances de sens commun d'un enfant de 10 ans, ou encore le CSC qui peut être enrichi par tous ses utilisateurs.

L'apprentissage devient même le but d'agents ambiants si l'on résonne en terme d'intelligence augmentée. Dans cette approche, on considère qu'un homme assisté d'un agent devient plus intelligent, au sens où il peut se reposer sur le système enfoui pour rehausser ses limites cognitives : mémoire défaillante, une seule occupation à la fois, difficulté à traiter de grandes quantités d'informations. Le monde est de plus en plus surchargé d'informations et l'individu doit y faire face et apprendre une partie toujours plus importante de ces informations. Les premiers systèmes d'intelligence augmentée sont les réveils, les agendas, les montres. Les futurs systèmes sont plutôt guidés par la volonté de donner l'information juste à temps ("just-in-time"). Les travaux de Rhodes sur les "remembrance agents", encore encombrants mais portatifs, qui apprennent à donner les bonnes informations au bon moment selon ce qu'on lit ou ce qu'on écrit.

Agents ambiants

Un certain nombre de caractéristiques permettent de définir les agents ambiants. Ces agents sont :

Les agents ambiants peuvent être vus comme l'intersection de trois domaines de recherche : les technologies du support matériel (ubiquitous computing), la communication inter-agents (ubiquitous communication) et l'interface utilisateur (intelligent user interface). Ces sont les trois aspects fondamentaux de l'approche multi-agent ambiante, qui doivent être développés conjointement pour produire des systèmes efficaces et répondant aux critères énoncés précédemment.

Architectures et technologies : Ubiquitous Computing

Les agents omniprésents utilisent donc les dernières technologies existantes comme base de développement. Ceci permet de répondre aux contraintes de faible consommation d'énergie, de puissance de calcul maximum et de poids minimum. Ces agents ambiants utilisent donc des matériaux récents et des technologies de pointe pour la fabrication des senseurs et des contrôleurs, comme par exemple les nanotubes de carbones ou les micro-technologies (micro-moteurs, micro-actionneurs).

Pour parer aux problèmes actuels d'augmentation de puissance de calcul des processeurs, trois grandes firmes internationales se sont associées : Sony, IBM et Toshiba. Elles ont développé conjointement le processeur CELL qui regroupe pas moins de huit processeurs dédiés aux flux audios, vidéos et autres en plus d'un processeur principal. Cette approche a pour objectif d'optimiser la puissance de calcul pour décoder les informations. Actuellement toutes les informations circulant dans nos communications sont compressées ou cryptées, et une architecture dédiée à la décompression de ces flux d'informations est donc extrêmement judicieuse. Ce type de processeurs représente presque un ordinateur complet sur une puce, et pour les développer, les fabricants d'architectures matérielles doivent donc s'orienter vers des processeurs répartis et distants.

Les MEMS (Micro-Electro-Mechanical Systems) sont une intégration d'éléments mécaniques, de capteurs, d'effecteurs et d'électroniques divers sur un substrat commun de silicone, grâce à des procédés de fabrication micro-technologiques. Contrairement aux circuits intégrés classiques, les MEMS sont des systèmes entièrement intégrés sur une puce. Il existe aussi des NEMS (NanoElectroMechanical Systems) et des IDT (Interdigital Transducers) qui sont issus du même type d'approche. Ceci permet d'obtenir des capteurs qui peuvent être détectés par des antennes spécifiques et qui présentent surtout l'avantage de ne pas consommer d'énergie. Une piste de recherche s'oriente vers les NBIC (Nano- Bio- Information and Communication Technology) encore plus petits et prometteurs.

Les formes que peuvent revêtir les agents issus de ces technologies sont multiples : de plus en plus miniaturisés et légers, ils peuvent se cacher dans les vêtements ou dans de simples cartes à conserver sur soi. Ils peuvent donc être intégrés sans aucun problème dans les objets quotidiens.

Communications inter-agents : Ubiquitous Communications

Les communications sont une partie du système multi-agents enfoui qui doit rester opaque à l'utilisateur mais qui va structurer et relier tous les éléments entre eux. Ces communications peuvent faire l'objet d'un apprentissage : chaque agent doit être capable de réagir à la présence d'un nouvel agent, avec lequel il peut potentiellement communiquer. Il faut donc que chaque agent puisse s'adapter à son environnement immédiat et en tirer parti de la meilleure façon possible.

Plusieurs domaines de recherche se dégagent concernant la question des communications : communications temps-réel, communications très hauts-débits, optimisation des performances dans des contextes de communications hétérogènes... D'autre part, plusieurs contraintes vont guider la conception de tels systèmes de communication : il faut que les communications présentent une faible consommation d'énergie, que l'approche utilisée soit systémique et non spécifique à chaque agent, et qu'une qualité de service minimale soit conservée (et donc que les communications soient les plus fiables et les plus robustes possibles).

Une première démonstration de communications étendues et adaptables dans un environnement a été réalisée par Olivetti Research Laboratory qui a développé un objet appelé badge actif. Cet objet est une balise de petite taille, autonome, qui émet un signal régulièrement. Ce badge permet essentiellement de rediriger les appels téléphoniques, tout en prévenant son propriétaire par un voyant. Il pourra considérer l'utilisateur occupé soir sur décision de l'utilisateur, soit automatiquement, par exemple si celui-ci se trouve dans une pièce avec de nombreuses personnes (en réunion). Des applications de ce badge, plus orientées vers l'aspect gestion de la sécurité, offrent des possibilités de zones d'accès limité selon le type de badge, ou d'identification automatique et cryptée sur un poste de travail. Ceci peut être étendu au contrôle de l'environnement : maintien de la température, des lumières, des communications seulement si des personnes occupent une partie du bâtiment.

Certains types de communications sont déjà très répandus, comme le bluetooth ou le Wifi. Le premier présente l'avantage d'être peu gourmand en ressource et même si son rayon d'action est court, il reste tout à fait utilisable pour des communications courte distance. Le Wifi a déjà connu plusieurs améliorations et possède une portée importante, mais il reste très gourmand en énergie. Par contre un autre type de ressource commence à être de plus en plus utilisé, bien que peu connu du grand public : les RFID (Radio Frequency Identification). Ce sont des puces ou des étiquettes autocollantes capables de stocker, de recevoir et d'émettre des informations sur certaines fréquences radios. Elles peuvent être réduites à quelques dixièmes de millimètres pour une portée de plusieurs mètres pour les puces passives. Elles sont encore trop chères pour remplacer les codes barres mais équipent déjà beaucoup de systèmes étant donné leur fiabilité et leur précision. L'identification d'animaux, les systèmes anti-vols de voitures, les livres de bibliothèque, les accès de bâtiments sécurisés, le suivi de bagages en transport aérien, ou de conteneurs, les paiements express aux péages, sont des exemples courants de leur utilisation. Leur domaine d'utilisation s'est encore étendu puisque la société Verichip propose des implants sous-cutanés utilisés pour du stockage de données médicales, de la localisation, etc. Ceci annonce aussi bien des graves problèmes éthiques que des perspectives intéressantes dans les systèmes d'agents ambiants.

Interfaces utilisateurs : Intelligent User Interface

L'interface est la partie émergée de l'iceberg, point de contact entre l'utilisateur et l'agent. Cette interface doit être la plus simple possible dans l'optique d'une utilisation la plus naturelle possible par l'homme. Il faut qu'elle permette une utilisation de l'agent très intuitive, en minimisant l'apprentissage du coté humain.

Le département de Recherche et Développement de Philips a conçu plusieurs systèmes multi-agents enfouis qu'il teste dans une maison-laboratoire : le HomeLab. Les projets développés sont par exemple un jukebox qui peut rechercher les morceaux par contrôle vocal, avec reconnaissance du locuteur, synthèse de parole, reconnaissance d'un morceau en fredonnant, et filtrage par collaboration automatique (source de connaissance d'utilisateurs et de communautés). Un autre projet est le miroir intelligent, qui permet un affichage en transparence des informations sollicitées par l'utilisateur : pages web, télévisions, visuo-téléphonie. Une orientation future est de permettre à l'utilisateur ou aux agents d'utiliser les états émotionnels comme référents pour la recherche d'informations. Une base de connaissances ou d'informations serait ainsi accessible par des requêtes vocales : "J'aimerais voir les photos de mon dernier anniversaire" ou "Quel est le nom du réalisateur de ce western que j'ai bien apprécié ?".

Microsoft a pour sa part présenté une Set Top Box, c'est à dire un agent qui reçoit en entrée un signal (généralement télé, vidéo, son), qui le traite et l'affiche sur un écran. Elle est dirigé par une télécommande avec un écran LCD, un lecteur d'empreinte digitale et un micro. Elle peut être utilisée comme juke-box ou comme gestionnaire de télévision, avec enregistrement intelligent, ou possibilité mettre le flux télévisuel en "pause". Elle peut aussi gérer le téléphone, afficher les coordonnées du locuteur à l'écran et se connecter en Wifi aux autres ordinateurs de la maison.

Une notion importante en interface utilisateur est l'irritabilité de l'interruption : plus les agents ambiants vont devenir nombreux, plus ils vont tenter d'interagir avec l'utilisateur. Cependant, si l'utilisateur est dérangé en permanence, il va vite s'énerver. Il faut donc que les systèmes possèdent une capacité d'apprentissage pour déterminer le degré de pertinence de leur intervention en fonction de la situation. C'est par exemple des téléphone portable qui filtrent les appels dans les cinémas mais qui sonneront si c'est l'hôpital qui appelle.

Bibliographie

Publications scientifiques

Mark Weiser :
Biographie et bibliographie succinte
Son dernier laboratoire
Résumé de ses idées
"The coming age of calm technology"
"The Technologist's Responsibilities and Social Change"
"Building Invisible Interfaces"
"The world is not a desktop"
"Ubiquitous Computing"

Bradley Rhodes :
Page de Bradley Rhodes
"Remenbrance Agent"

Conférences et journaux
Conférence Ubicomp
Personal and ubiquitous computing
Pervasive computing
EuSAI
sOc-EuSAI
Workshop Ubiquitous Smart Worlds
Air-d
IST


Pièces intelligentes

Philips :
HomeLab

Georgia Tech :
Aware Home

Stanford :
iRoom

MIT :
House_n


Laboratoires de recherche

Olivetti Research Laboratory
Article sur l'active badge
AT&T Laboratories Cambridge (ex Olivetti Research Laboratory)
Explication sur le badge actif

Philips Research
Les travaux de recherches
Ambiant Intelligence
Présentation de la vision de Philips pour les futurs agents ambiants (Shockwave-flash : IE uniquement)
HomeLab

Microsoft
Home Concept
Annonce officielle Interview de Bill Gates

MIT
Common Sense Reasoning
SmartRoom
SmartChair
SmartDesk
Agents embarqués
Projet Oxygen

Autres laboratoires
Intel
Nokia
Xerox
Xerox Palo Alto
Samsung
Smart


Techonologies des agents ambiants

Processeur CELL
Article technique
Annonce officielle de IBM Sony et Toshiba

MEMS et nano-technologies
Site d'informations sur les MEMS
Informations sur les MEMS
Informations sur les MEMS et les nano-technologies
Journal d'informatinos sur les nano-technologies

RFID
Article Wikipedia
Organisme officiel
VeriChip